Exequatur d'un divorce français en Tunisie : démarches
Thème : Procédures judiciaires
Exequatur d'un divorce français en Tunisie : tribunal compétent, pièces à fournir, transcription à l'état civil, et le divorce tunisien en France.
En bref : un divorce prononcé à l'étranger n'est pas toujours transcrit automatiquement en Tunisie. Un jugement de divorce français définitif peut en général être transcrit directement par le consulat de Tunisie, grâce à la convention franco-tunisienne de 1972. Dans d'autres cas, notamment le divorce français sans juge ou un jugement d'un pays sans convention avec la Tunisie, il doit être revêtu de l'exequatur par un tribunal tunisien. Cette procédure est contradictoire, repose sur un dossier précis (jugement, preuve de son caractère définitif, traduction en arabe) et se mène de préférence avec un avocat en Tunisie, sans forcément vous déplacer. Un divorce prononcé en France est-il valable en Tunisie ? Votre divorce est parfaitement valable en France. Mais tant qu'il n'est pas mentionné sur les registres tunisiens, l'état civil tunisien vous considère toujours comme marié. Les conséquences sont concrètes : le consulat ou la municipalité refuse de transcrire le divorce en marge de l'acte de mariage ou de naissance ; un remariage en Tunisie devient difficile ; des blocages apparaissent dans une succession, la vente d'un bien immobilier ou la mise à jour de vos documents d'identité. La matière est régie principalement par le Code de droit international privé , promulgué par la loi n° 98-97 du 27 novembre 1998. Selon son article 13, les jugements étrangers relatifs au statut personnel, dont le divorce, doivent être revêtus de l'exequatur avant d'être transcrits sur les registres d'état civil. Une convention bilatérale peut toutefois en décider autrement : selon la convention franco-tunisienne du 28 juin 1972, les décisions françaises sont reconnues de plein droit et celles relatives à l'état des personnes peuvent être mentionnées sur les registres d'état civil sans exequatur. En pratique, les consulats de Tunisie transcrivent un jugement de divorce définitif rendu dans leur circonscription sur présentation du jugement et d'un certificat de non-appel et de non-pourvoi. Votre avocat vérifiera le texte applicable à votre dossier. Quelles sont les conditions de l'exequatur ? Le juge tunisien ne rejuge pas le divorce : il ne réexamine ni les torts ni les motifs. Il contrôle des conditions fixées par le Code, qui sont en substance les suivantes : le tribunal étranger était compétent et le litige ne relevait pas de la compétence exclusive des juridictions tunisiennes ; les droits de la défense ont été respectés : l'autre époux a été régulièrement convoqué et a pu se défendre ; le jugement est exécutoire dans le pays où il a été rendu et n'y a été ni annulé ni suspendu ; l'État où il a été rendu respecte la règle de la réciprocité ; il n'est pas contraire à l'ordre public tunisien ; il ne contredit pas une décision tunisienne non susceptible de recours ordinaire entre les mêmes parties et sur le même objet ; pour un jugement français, une procédure engagée auparavant en Tunisie y fait aussi obstacle. Il s'agit d'un résumé : la formulation exacte de ces conditions figure dans le Code, et c'est elle que le tribunal applique. Quel tribunal saisir et quelles pièces fournir ? L'action est portée devant le tribunal de première instance du domicile de l'autre époux en Tunisie ou, s'il n'a pas de domicile en Tunisie, devant le tribunal de première instance de Tunis. L'autre époux est assigné, puisque la procédure est contradictoire. Si vous vivez en France, votre avocat en Tunisie peut conduire toute la procédure sur la base d'une procuration. Le dossier comprend généralement : une expédition ou copie certifiée conforme du jugement de divorce ; la preuve que le jugement est définitif : certificat de non-appel, de non-pourvoi, ou tout document équivalent délivré par la juridiction ; la preuve de la signification du jugement à l'autre époux, surtout s'il n'a pas comparu ; si l'autre époux n'a pas comparu, une copie authentique de l'acte introductif d'instance ; la traduction de ces pièces en arabe par un traducteur assermenté ; la légalisation ou l'apostille des documents, lorsqu'elle est exigée ; un extrait de l'acte de mariage tunisien et une copie de votre pièce d'identité ; la procuration donnée à l'avocat, établie au consulat ou légalisée. Combien de temps ? Cela dépend du tribunal et surtout de la facilité à convoquer l'autre époux, en particulier s'il réside à l'étranger. Méfiez-vous des délais annoncés sur les forums et demandez une estimation réaliste à votre avocat. Après l'exequatur : la transcription à l'état civil Une fois le jugement d'exequatur rendu et devenu définitif, vous demandez la transcription du divorce sur les registres d'état civil auprès de l'officier d'état civil compétent ou, pour les Tunisiens de l'étranger, auprès du consulat. Gardez plusieurs copies officielles du jugement et des actes mis à jour : elles vous seront demandées pour d'autres démarches. Le divorce par consentement mutuel sans juge : un cas à part Depuis 2017, le droit français permet un divorce par consentement mutuel par acte sous signature privée contresigné par les avocats des deux époux et déposé chez un notaire, sans passage devant le juge. Or, en droit tunisien, le divorce ne peut être prononcé que par un tribunal. Les consulats de Tunisie ne transcrivent pas ce divorce sans juge : il faut demander l'exequatur aux tribunaux tunisiens, sans garantie de résultat. Si vous avez des attaches en Tunisie (mariage transcrit, biens immobiliers, projet de remariage), consultez un avocat de chaque côté avant de choisir cette voie : un divorce judiciaire peut se révéler plus simple à faire reconnaître. Un divorce tunisien est-il reconnu en France ? La Cour de cassation française a jugé, notamment dans un arrêt du 12 juillet 2023, qu'un divorce judiciaire tunisien, prononcé par un juge au terme d'une procédure respectant les droits des deux époux, n'est pas contraire à l'ordre public international français et ne s'assimile pas à une répudiation. Avant sa mention sur l'état civil français, il doit faire l'objet d'une vérification d'opposabilité par le procureur de la République, celui de Nantes si le mariage a été célébré à l'étranger. Côté français, les vérifications et les pièces exigées relèvent du droit français : faites confirmer la procédure actuelle par un avocat français ou par l'ambassade de France. Deux procédures en France et en Tunisie : le piège Certains époux saisissent un juge dans chaque pays, chacun espérant une décision plus favorable. C'est risqué : deux jugements contradictoires sur la pension ou la garde peuvent coexister, et une décision tunisienne définitive, ou une procédure engagée en premier en Tunisie, peut faire obstacle à l'exequatur du jugement français. Avant d'agir, choisissez un seul for avec votre avocat, en tenant compte de la résidence des enfants et de la localisation des biens. Questions fréquentes Faut-il un avocat dans les deux pays ? Le plus souvent, oui : un avocat dans le pays où le divorce est prononcé, et un avocat en Tunisie pour l'exequatur. Associer un avocat tunisien dès le début de la procédure à l'étranger évite des erreurs qui bloquent ensuite l'exequatur, par exemple une convocation irrégulière. Puis-je obtenir l'exequatur sans venir en Tunisie ? Dans la plupart des cas, oui, grâce à une procuration établie au consulat ou légalisée selon les formes en vigueur. Le consulat peut-il transcrire directement mon jugement français ? Pour un jugement de divorce définitif rendu dans la circonscription du consulat, en général oui, sur présentation du jugement et d'un certificat de non-appel et de non-pourvoi. Pour un divorce sans juge, ou un jugement d'un pays sans convention avec la Tunisie, il faut un jugement tunisien d'exequatur. L'exequatur ne concerne-t-il que le divorce ? Non. Tout jugement étranger que l'on veut exécuter de force en Tunisie, par exemple une condamnation au paiement d'une dette ou d'une pension contre un débiteur vivant en Tunisie, doit être revêtu de l'exequatur. Quand consulter un avocat ? L'exequatur est une procédure technique : une pièce manquante ou une convocation irrégulière suffit à faire rejeter la demande. Un avocat est particulièrement utile si : votre divorce est un divorce sans juge, ou a été prononcé en l'absence de l'autre époux ; des procédures sont en cours dans deux pays ; des enfants, une pension ou des biens en Tunisie sont en jeu ; le consulat ou l'officier d'état civil a déjà refusé la transcription. L'annuaire du site répertorie, par ville, des avocats inscrits à l'Ordre national des avocats de Tunisie (ONAT) ; choisissez de préférence un avocat habitué aux dossiers familiaux des Tunisiens de l'étranger. Cet article donne des informations générales et ne remplace pas l'avis d'un avocat qui étudie votre situation personnelle.
Sources
- Loi n° 98-97 du 27 novembre 1998 portant promulgation du Code de droit international privé DCAF – Base de données de la législation sécuritaire tunisienne
- قانون عدد 97 لسنة 1998 مؤرخ في 27 نوفمبر 1998 يتعلق بإصدار مجلة القانون الدولي الخاص DCAF – قاعدة بيانات التشريعات الأمنية التونسية
- Projet de loi autorisant l'approbation de la convention franco-tunisienne du 28 juin 1972 relative à l'entraide judiciaire en matière civile et commerciale et à la reconnaissance et à l'exécution des décisions judiciaires (texte de la convention) Sénat (France)
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 12 juillet 2023, n° 21-21.185 Juricaf
- Divorce – état civil Ambassade de France en Tunisie
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