Consommation de drogue en Tunisie : ce que prévoit la loi 52 et ce qu'a changé la réforme de 2017
Thème : Droit pénal
Consommer ou détenir de la drogue en Tunisie : peines de la loi 92-52, réforme de 2017, récidive, garde à vue, soins et bulletin n° 3.
En Tunisie, consommer ou détenir des stupéfiants pour son usage personnel, cannabis (« zatla ») compris, reste un délit puni par la loi n° 92-52 du 18 mai 1992. La réforme de 2017 n'a pas dépénalisé la consommation : elle a rendu au juge la possibilité d'appliquer les circonstances atténuantes, si bien qu'un premier consommateur n'encourt plus automatiquement un minimum d'un an de prison. Ce que la loi punit La loi 92-52 interdit la culture, la consommation, la détention, l'achat, le transport et la cession des stupéfiants inscrits au tableau annexé, sauf usages autorisés en médecine, pharmacie et recherche scientifique. Les peines varient selon l'acte : Consommation ou détention pour usage personnel (article 4) : un à cinq ans d'emprisonnement et 1 000 à 3 000 dinars d'amende. La tentative est punissable. Fréquentation en connaissance de cause d'un lieu aménagé pour l'usage de stupéfiants où l'on en consomme (article 8) : six mois à trois ans et 1 000 à 5 000 dinars d'amende. Le conjoint, les ascendants, les descendants et les personnes vivant habituellement avec celui qui a aménagé le lieu sont exceptés. Détention en vue du trafic, cession, importation ou exportation (articles 5 et suivants) : des peines bien plus lourdes, à partir de six ans d'emprisonnement. Le maximum de la peine est prononcé lorsque l'infraction implique un mineur ou est commise dans certains lieux : établissements scolaires, cafés, stades, jardins publics, prisons, entre autres (article 11). Ce qu'a changé la réforme de 2017 Jusqu'en 2017, l'article 12 de la loi écartait l'article 53 du Code pénal pour toutes les infractions en matière de stupéfiants. Or c'est l'article 53 qui permet au tribunal de descendre sous le minimum légal lorsque des circonstances atténuantes le justifient, et d'accorder un sursis sous conditions. La loi n° 2017-39 du 8 mai 2017 a réécrit l'article 12 : l'article 53 reste exclu, sauf pour les infractions des articles 4 et 8. Concrètement, pour la consommation et la détention pour usage personnel, le juge peut désormais tenir compte de la situation de la personne et prononcer moins d'un an ou assortir la peine du sursis. C'est un pouvoir d'appréciation, pas un droit : le juge peut aussi prononcer la peine entière. Première infraction et récidive Le sursis n'est possible que pour une personne qui n'a pas déjà été condamnée à l'emprisonnement pour crime ou délit. En cas de récidive, l'article 14 de la loi 92-52 prévoit que le maximum de la peine est toujours applicable : la situation devient alors beaucoup plus grave. Analyses, arrestation et garde à vue Les produits saisis font l'objet d'un état dressé en présence du prévenu et d'un prélèvement analysé exclusivement par un laboratoire public. En cas d'arrestation, les règles ordinaires de la garde à vue s'appliquent : elle exige l'autorisation du procureur de la République, dure au plus 48 heures et ne peut être prolongée qu'une fois, de 24 heures en matière de délit, par décision écrite et motivée. Vous devez être informé de vos droits et pouvez demander un avocat, un examen médical et l'information d'un proche. Demandez un avocat tout de suite et relisez attentivement le procès-verbal avant de le signer : le résultat d'une analyse, s'il y en a eu une, est souvent une pièce centrale du dossier. Se soigner plutôt qu'être poursuivi La loi prévoit une voie de soins. Le toxicomane qui, avant la découverte des faits, s'adresse pour la première fois, lui-même ou par son conjoint, un ascendant, un descendant ou son médecin, à la commission des toxicomanies pour suivre une cure de désintoxication n'est pas poursuivi, à condition de ne pas interrompre le traitement sans l'accord de ses médecins ou de la commission. Les informations données à la commission sont couvertes par le secret professionnel. Après une condamnation fondée sur l'article 4, le tribunal peut soumettre le condamné à une cure dans un établissement hospitalier public ; en cas de refus, le ministère public peut demander au président du tribunal de première instance de l'y astreindre. Casier judiciaire La condamnation est inscrite au casier judiciaire. Mais le bulletin n° 3, celui que demandent employeurs et administrations, ne mentionne pas une peine assortie du sursis, sauf si une nouvelle condamnation en fait perdre le bénéfice, et omet certaines courtes peines dans les conditions du Code de procédure pénale. C'est l'une des raisons pour lesquelles la réforme de 2017 compte pour les jeunes primo-délinquants. Que faire ? Si vous ou un proche êtes arrêté, contactez immédiatement un avocat pénaliste ; si vous ne pouvez pas le payer, renseignez-vous sur l'aide judiciaire. Si un membre de la famille est dépendant, cherchez une aide médicale et renseignez-vous sur la démarche de soins volontaire avant toute poursuite. La loi sur les stupéfiants fait régulièrement l'objet de projets de réforme : vérifiez qu'aucun nouveau texte n'a été publié au JORT avant de vous fier à ces règles. Cet article donne des informations générales et ne remplace pas l'avis d'un avocat qui étudie votre situation personnelle.
Sources
- Loi n° 92-52 du 18 mai 1992 relative aux stupéfiants (texte mis à jour, art. 12 modifié par la loi n° 2017-39 du 8 mai 2017) DCAF – Base de données de la législation sécuritaire tunisienne
- Code pénal – De l'application des peines (art. 53) Jurisite Tunisie
- Loi n° 2016-5 du 16 février 2016, modifiant et complétant certaines dispositions du code de procédure pénale DCAF – Base de données de la législation sécuritaire tunisienne
- Code de procédure pénale (loi n° 68-23 du 24 juillet 1968, texte mis à jour) Police and Human Rights Resources (Amnesty International Pays-Bas)
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