Communauté des biens en Tunisie : régime et séparation
Thème : Droit de la famille
Communauté des biens en Tunisie : séparation par défaut, ce que couvre la loi de 1998, comment l'adopter, et le sort du logement au divorce ou au décès.
En bref : en Tunisie, le régime légal entre époux est la séparation de biens : chacun reste propriétaire de ce qui est à son nom. La communauté des biens , créée par une loi de 1998, est facultative. Elle se choisit dans le contrat de mariage ou plus tard par acte authentique, et rend communs, pour l'essentiel, les immeubles acquis pendant le mariage et destinés à l'usage de la famille. La séparation de biens, régime par défaut Sans choix exprès, les époux sont séparés de biens. Concrètement : chacun conserve les biens qu'il avait avant le mariage et ceux qu'il acquiert à son nom pendant le mariage ; chacun gère librement ses biens et répond seul de ses dettes ; un immeuble inscrit au nom d'un seul époux lui appartient, même si l'autre a contribué à le financer. Le régime est simple, mais il peut se révéler dur pour l'époux qui a participé à l'achat ou à la construction du logement sans figurer dans l'acte. Que couvre la communauté des biens ? La loi a pour objet de rendre communs aux deux époux les immeubles acquis pendant le mariage, ou après l'adoption du régime, et destinés à l'usage de la famille, que cet usage soit continu, saisonnier ou occasionnel (une résidence secondaire, par exemple), à l'exclusion des immeubles à usage purement professionnel. L'exemple type est le logement familial. En principe, restent propres à chaque époux les biens reçus par succession, donation ou legs. La loi permet aussi aux époux d'élargir la communauté par une mention expresse dans l'acte, par exemple aux immeubles acquis avant le mariage ou reçus par succession ou donation. Il faut donc lire l'acte de près : être en communauté ne signifie pas que tout ce que possèdent les époux (voitures, comptes bancaires, fonds de commerce) devient commun. Comment et quand adopter la communauté des biens ? Au moment du mariage : les époux sont interrogés sur le régime choisi, qui est mentionné dans le contrat de mariage. Après le mariage : la communauté peut être adoptée à tout moment par un acte authentique dressé par un notaire. Information des tiers : pour que banques, acheteurs et créanciers en soient informés, le régime est mentionné sur les registres d'état civil et, pour les immeubles immatriculés, inscrit au registre foncier lors de l'acquisition. Sous ce régime, chaque époux peut accomplir seul les actes d'administration courante, mais aucun ne peut, sans le consentement de l'autre, céder un bien commun, le grever d'un droit réel, le donner ou le louer pour plus de trois ans, sauf autorisation de justice. Une fois choisi, le régime ne peut être modifié d'un commun accord qu'après deux ans, par acte authentique homologué par le président du tribunal. Erreurs fréquentes : ne pas vérifier, lors de l'achat du logement, que le régime figure sur l'extrait de naissance et sur le certificat de propriété ; croire que tout devient commun, salaires et voitures compris ; acheter au nom d'un seul époux en séparation de biens sans garder la moindre preuve de l'apport de l'autre. Maison achetée pendant le mariage : qui la garde au divorce ? En séparation de biens , le logement appartient à celui au nom duquel il est inscrit. L'époux qui a contribué au financement peut, selon les cas, réclamer le remboursement de ce qu'il prouve avoir payé : virements, remboursements d'un prêt, factures de construction à son nom. Sans preuve, il obtient rarement quelque chose. Ne confondez pas propriété et logement de l'enfant gardé : le parent gardien peut obtenir un droit au logement pour les enfants après le divorce, ce qui est une question distincte de la propriété du bien. Conseil pratique : si vous restez en séparation de biens et achetez ensemble, faites inscrire le bien au nom des deux époux, en indivision, à proportion des apports de chacun. En communauté , le régime prend fin par le divorce ou le décès, mais aussi par la disparition d'un époux, la séparation judiciaire de biens ou l'accord des époux. Les biens communs sont alors liquidés (inventaire, règlement des dettes communes), puis partagés entre les époux par moitiés égales. Sauf dissolution amiable, le tribunal désigne un liquidateur qui dresse l'inventaire des biens et des dettes ; si un immeuble ne peut être partagé en nature, le tribunal peut l'attribuer à l'un des époux contre paiement de sa valeur à l'autre, ou en ordonner la vente. Communauté des biens et succession : ne pas confondre Au décès d'un époux en communauté, le survivant conserve sa part des biens communs en tant que propriétaire. Seule la part du défunt entre dans la succession, où elle est partagée selon les règles successorales, le conjoint survivant figurant parmi les héritiers. En séparation de biens, tout ce qui est au nom du défunt entre dans la succession. Régime matrimonial et mariage mixte Lorsqu'un époux est étranger ou que le couple vit à l'étranger, la loi applicable au régime matrimonial est déterminée par les règles de conflit de chaque pays, et le résultat peut différer entre la Tunisie et la France. En droit tunisien (article 48 du Code de droit international privé), le régime relève de la loi nationale commune des époux au moment du mariage ou, si leurs nationalités diffèrent, de la loi de leur premier domicile commun ou de celle du lieu de conclusion du mariage. Pour un couple franco-tunisien, le plus sûr est de choisir expressément le régime avant ou lors du mariage, avec l'avis d'un avocat de chaque côté, surtout s'il y a des biens immobiliers en Tunisie. Pour la partie française (contrat de mariage, désignation de la loi applicable), faites-vous confirmer les règles par un notaire ou un avocat français. Questions fréquentes La communauté des biens est-elle automatique en Tunisie ? Non. Elle est facultative ; le régime par défaut est la séparation de biens. Peut-on adopter la communauté après des années de mariage ? Oui, par acte authentique, suivi des mentions à l'état civil et des inscriptions au registre foncier. La voiture et l'épargne bancaire sont-elles communes ? En principe non : la communauté vise les immeubles destinés à l'usage familial, et l'élargissement prévu par la loi porte lui aussi sur des immeubles. Mon conjoint peut-il vendre la maison commune sans moi ? En principe non : la cession d'un bien commun exige le consentement des deux époux. Vérifiez que le régime est bien mentionné à l'état civil et au registre foncier, pour que les acheteurs en soient informés. Quand consulter un avocat ? avant le mariage, pour choisir le régime adapté et rédiger la convention avec précision ; avant d'acheter le logement familial, pour décider au nom de qui l'inscrire et comment conserver la preuve des apports ; au divorce, en cas de désaccord sur la maison ou sur les contributions de chacun ; pour un mariage mixte ou des biens situés dans plusieurs pays. L'annuaire du site présente, par ville, des avocats inscrits à l'ONAT ; choisissez-en un qui pratique le droit de la famille et le droit immobilier. Cet article donne des informations générales et ne remplace pas l'avis d'un avocat qui étudie votre situation personnelle.
Sources
- Code du statut personnel, édition 2011 (comprenant la loi n° 98-94 du 9 novembre 1998 relative au régime de la communauté des biens entre époux) Imprimerie Officielle de la République Tunisienne (copie hébergée par jafbase.fr)
- منشور مشترك عدد 16 لسنة 1999 حول تطبيق القانون عدد 94 لسنة 1998 المؤرخ في 9 نوفمبر 1998 المتعلق بنظام الاشتراك في الأملاك بين الزوجين مركز المرأة العربية للتدريب والبحث (كوثر)
- Loi n° 98-97 du 27 novembre 1998 portant promulgation du Code de droit international privé DCAF – Base de données de la législation sécuritaire tunisienne
- Tunisian Family Law (unofficial English translation) British Embassy Tunis (GOV.UK)
- Tunisie : tout ce qu'il faut savoir sur le partage des biens entre époux La Presse de Tunisie
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